Raymund Andrea – La technique du Maître

LES ILLUSIONS ET LA TECHNIQUE

Ce mois-ci, nous vous proposons de lire un extrait du livre Raymund Andrea – La technique du Maître, publié par la Diffusion Rosicrucienne. Il a été écrit par Raymund Andrea, ancien Grand Maître de l’A.M.O.R.C. pour les pays de langue anglaise.

LES ILLUSIONS ET LA TECHNIQUE

Les étudiants qui ont réfléchi sérieusement aux propos développés précédemment et qui peuvent comprendre intuitivement la signification et la puissance de cette expérience supérieure, comprendront immédiatement que nous traitons de l’avènement dans la conscience d’une force spirituelle dont peu d’êtres, comparativement, ont conscience. Je n’avance personnellement aucune prétention particulière, pas plus que ne décris l’interprète de la technique comme quelqu’un exerçant une prérogative d’une nature et d’une fonction si abstraites et secrètes qu’elle trouble et désoriente l’aspirant sincère dans sa quête du Maître. Néanmoins, je voudrais traiter ici de cette expérience si spécifique et si réelle, mais pourtant si obscure et contestable pour ceux qui sont enclins à la critique, car elle peut en grande partie sembler austère et sans attrait pour ceux qui préfèrent la théorie à la pratique, que nous ne pouvons espérer la voir se développer que chez un petit nombre seulement d’étudiants reconnus de l’Occultisme.

Une telle affirmation nous poussera sans doute à nous interroger et à nous examiner, ce qui est un excellent moyen de se connaître soi-même. Heureux est l’étudiant qui peut exercer un juste discernement au cours du processus d’introspection et évaluer correctement sa position sur le sentier de la réalisation. Cette appréciation de lui-même devrait lui apporter confiance et humilité ; confiance, parce qu’il prend conscience qu’il a fait beaucoup de progrès et remarque que les qualifications nécessaires à un travail supérieur murissent progressivement en lui ; humilité, parce qu’il se rend compte de tout ce qu’il a encore à faire et à supporter avant de pouvoir porter les responsabilités que le Maître lui demandera d’accepter en toute conscience et qu’il devra être à même d’assumer en grande partie de sa propre initiative. Un dirigeant théosophique fit un jour remarquer que sa société était, de haut en bas, remplie d’éponges. Je ne cherche en aucun cas à jeter le plus léger discrédit sur aucun groupe d’étudiants. C’est sans passion et sans intention critique que je cite cette remarque, car elle met parfaitement en relief une vérité profonde au sujet des illusions qui entravent le développement de la technique. En vérité, cette remarque pourrait s’appliquer tout autant à bien d’autres groupes d’étudiants que les théosophes. Il en fait pas de doute qu’un grand nombre de prétendus étudiants de l’occulte se contentent littéralement de recevoir passivement la doctrine, qu’ils n’ont ni la force, ni l’initiative de mettre en pratique de quelque façon que ce soit.

L’une des plus grandes illusions qui prévaut parmi les étudiants consiste à croire qu’en s’imprégnant de la doctrine tombant des lèvres d’un instructeur qui la possède à fond, ils seront, en un cours laps de temps, acceptés soudain par un Maître élevés à quelque niveau nébuleux de sainteté, et capables d’accomplir des œuvres miraculeuses. Il suffit de demander à ces étudiants s’ils peuvent citer un exemple d’une intervention miraculeuse de ce genre et d’une telle élévation divine parmi eux. S’ils citent quelques personnalités remarquables, à la tête de certains mouvements, ils sont doublement dans l’illusion. Tous les cas semblables de développement exceptionnel sur le sentier concernent clairement des interprètes de la technique, qui ont foulé le long sentier pénible de la culture de l’âme, du travail et du service. Il est déplorable de constater la conception unilatérale qui obsède les étudiants en cette matière ; plus vite ils briseront leurs espérances à cet égard, plus vite ils commenceront à franchir les premières étapes sérieuses déjà soulignées.

Ce n’est que le rêveur désœuvré et celui qui n’est pas familiarisé avec les vérités fondamentales qui croit qu’il peut s’élever arbitrairement et volontairement au-dessus et au-delà de l’environnement particulier terrestre dans lequel Dieu et les principes cosmiques l’ont placé. Le mystique ne considère pas les incidents de sa naissance comme incidents dus au hasard, mais il les considère plutôt comme des effets de la loi, de l’ordre et d’un système. Il ne considère pas que toutes les expériences que toutes les expériences terrestres sont secondaires, mais plutôt qu’elles sont essentielles. Il n’essaie pas de se tromper par la philosophie selon laquelle l’ultime fin de la vie est l’annihilation des expériences matérielles ou des efforts matériels. Puisqu’une Loi divine ou principe divin a ordonné son incarnation, il cherche toujours à découvrir le pourquoi et le comment de l’existence terrestre, et le travail particulier qui lui a été assigné ou que l’on a projeté pour lui comme moyen de son évolution personnelle.

Un fort pourcentage de ces mêmes étudiants s’adonne à ce que l’on appelle la voix orientale du développement. Aucune personne intelligent connaissant cette voix ne la dénigrerait. Elle a produit une multitude de saints et de sauveurs. Nous savons que certains des grands Maîtres l’ont empruntée. Mais la stricte adhésion à cette voix par un étudiant occidental est parsemée de nombreux dangers, quand elle ne provoque pas, le plus souvent, un développement déséquilibré. Nous devons seulement nous rappeler que la constitution de l’aspirant occidental n’est pas adaptée à cette pratique rapide qui est relativement facile à atteindre en Orient.

Les obstacles et les embuches bien connus sur le sentier, soulèvent beaucoup plus de difficultés pour l’aspirant occidental, car sa constitution même est un obstacle qu’il lui faut surmonter, outre les difficultés spécifiques que doivent éliminer les aspirants de toutes nationalités. L’aspirant occidental n’assimile pas la science de l’occultisme aussi intuitivement que l’aspirant oriental. Ceci est plus qu’évident pour ceux qui s’intéressent aux questions qu’il se pose et aux efforts qu’il déploie au cours de ses études. Si donc l’aspirant occidental défriche un sol presque entièrement vierge dans sa recherche de la science de la connaissance, et s’il a tant besoin d’être encouragé et guidé dans son étude et ses efforts, on peut affirmer à bon escient qu’il lui faudra faire preuve d’une aptitude peu commune pour pouvoir espérer récolter quelque bénéfice réel de sa sincère application.

(…) Fin de l'extrait